Geneviève Baslé
- Ty al Levenez
- 20 nov. 2025
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 4 déc. 2025
Un voyage au long cours

En mai 1975, je rencontre le Père Varangot et l’association Ty al Levenez. Je découvre alors son esprit de service, la force de sa conviction, son don de soi, son réseau et son audace, qui se traduisent dans des réalisations successives et leur institutionnalisation : Foyer de Jeunes Travailleurs (FJT), Auberge de Jeunesse, Foyer de jeunes travailleuses. Cette année-là, je travaille au FJT Varangot auprès des derniers pupilles accueillis et des jeunes travailleurs déplacés pour commencer leur vie professionnelle. J’en ressors déterminée à m’engager dans l’action sociale et à compléter ma formation dans ce domaine.
En 1981, le Père Varangot me confie la direction du Foyer Marie La Chambre - un établissement de 75 places, dont 55 agréées Foyer de jeunes travailleuses et 20 en hébergement temporaire pour personnes âgées. Il me demande de redonner au foyer son rayonnement attendu par ses donateurs, Madame Marie La Chambre et son fils Guy La Chambre, et de mettre en œuvre la mission sociale pour laquelle il a été créé : accompagner la jeunesse ouvrière dans son besoin de logement, d’éducation et d’insertion sociale, alors que le foyer peine à faire le plein et à remplir sa mission.
L’aspect quelque peu désuet de l’établissement, autrefois appelé Foyer de jeunes filles, ne me décourage pas. Avec une petite équipe de huit personnes et en m’inspirant de la devise du Père Varangot, « Accueillir, Sourire, Servir », je m’attelle à moderniser l’accueil, élargir le projet et dynamiser l’animation. L’ouverture à des demandes plus sociales porte rapidement ses fruits : fin 1982, le foyer fait le plein et accueille ses deux premiers jeunes hommes, ouvrant la voie à la mixité (atteinte à parité en 1995). La présence dans le quartier de nombreuses administrations, conjuguée à la qualité de la restauration assurée par Yannick, Françoise, Nathalie, Marie-Noëlle, contribue à un redressement remarquable. L’accueil temporaire de personnes âgées progresse également, essentiellement en version accueil de vacances, tandis que les liens avec administrations et associations locales (CCAS, CDAS, HLM, UDAPEI, Veuves Civiles) transforment le Foyer Marie La Chambre en véritable équipement de quartier où l’on ose formuler des demandes particulières.
En 1984, la disparition brutale du Père Varangot plonge le Conseil d’Administration (CA) dans deux années d’incertitude. Les établissements tiennent, et un nouveau CA s’installe en 1986, avec Robert Duvivier à sa présidence et Monique Varangot, nièce du fondateur, première femme à entrer au CA. Durant cette période difficile, je contribue à produire les éléments nécessaires au rétablissement d’un fonctionnement associatif normal. Pour tirer les conclusions de cette expérience, l’Association modifie ses statuts et crée un groupe de travail de trois membres, auquel je participe.
En 1986, dans un contexte de tensions entre la profession des restaurateurs et la restauration associative, l’administration fiscale mène une enquête sur les FJT malouins. Le CA me sollicite pour travailler sur ce dossier avec deux membres du Bureau, et une transaction satisfaisante clôt cette affaire. La même année, l’Association rééquilibre ses pôles de direction et me confie la gestion de la propriété de La Ville Huchet, où elle exploite depuis 1982 un camping 2 étoiles. Je me forme alors aux questions de tourisme, de gestion et de réglementation des terrains de camping. Pendant douze ans, le camping passe de 50 à 200 places, son chiffre d’affaires est multiplié par sept et il atteint l’équilibre financier en 1988. Pour mener à bien ce projet, je bénéficie des conseils de Joseph Pichon, administrateur retraité, et travaille avec une équipe de 12 jeunes saisonniers en haute saison. Le camping obtient en 1994 le titre de Meilleur Camping 2 étoiles littoral. Sa fermeture et la vente de la propriété en 1998 permettent à l’Association et à moi-même de réinvestir dans l’habitat des jeunes.
Dans ces années, le statut de Jeunes Travailleurs se déconstruit. La majorité des jeunes accueillis n’ont plus ce statut : stagiaires, étudiants, intérimaires, jeunes en contrat à durée déterminée, à temps partiel, au chômage ou en couple. Ils aspirent à plus d’autonomie, ce qui impose de repenser le projet associatif, l’accueil, la vie collective et l’animation. L’Union des Foyers de Jeunes Travailleurs (UFJT) incite les associations à adapter leur projet à la demande d’habiter des jeunes. Fin 1995, le CA s’empare de la question et, grâce à la collaboration avec la Commission locale de l’habitat (CLH) et le Fonds d’Aides aux Jeunes (FAJ), où je siège, invite les parties concernées à travailler sur les besoins d’habiter des jeunes du Pays malouin. De 1996 à 1998, un diagnostic interne et territorial, conduit sous l’égide de l’UFJT, rassemble René Moncorps, Président de l’Association, Pierre Le Héran, Secrétaire, Guy Guenroc, directeur du FJT Varangot, moi-même, ainsi que les représentants de l’État, du Conseil général, de la CAF, de la Mission locale, des CDAS, CCAS, Adil et des HLM Emeraude, La Rance et le CIL. Nos travaux concluent à la nécessité de réhabiliter les FJT malouins, de créer un service d’information et d’accompagnement pour les jeunes et de développer de petites structures dans les villes moyennes.
En 1998, je présente au CA le projet de création du Point Logement Jeunes (PLJ) de Saint-Malo. Les dossiers sont nombreux : demandes de subventions, agréments Médiation Locative, recherche d’un local et d’un permanent, constitution d’un fichier de logeurs. Christophe Gingast est recruté et s’investit pleinement dans sa mission. Le PLJ ouvre en mars 1999. Prévu pour recevoir 200 jeunes par an, il accueille 600 jeunes en 2000, bientôt 1 000.
En 2000, les FJT malouins doivent monter leurs dossiers : demandes d’agrément Résidences Sociales FJT, plans de financement, demandes de subventions (Palulos, CG, CAF). Le FJT Varangot entame sa réhabilitation, tandis que les travaux du FJT Marie La Chambre se déroulent en trois tranches en 2002 et 2003. Parallèlement, le PLJ poursuit sa mission d’observatoire de la demande de logement des jeunes sur les territoires ruraux. Je mets en place des enquêtes dans les communes où l’implantation de foyers Soleil est envisagée : Dol-de-Bretagne, Cancale, Tinténiac, Combourg, Pleurtuit. Le Foyer Soleil de Dol-de-Bretagne ouvre en 2004, celui de Dinard en 2011. Le projet de Pleurtuit est engagé, celui de Cancale abandonné.
Désormais, le PLJ, qui centralise un large panel de demandes, s’intéresse aussi aux publics spécifiques. Deux opérations sont lancées : l’une pour les jeunes travailleurs saisonniers, soutenue par les offices HLM et deux opérateurs du 1 % logement, l’autre pour les jeunes en danger d’exclusion sociale, avec 20 logements conventionnés financés par le Conseil général, permettant l’embauche d’un éducateur spécialisé et d’un psychologue à temps partiel.
Le FJT Marie La Chambre, équipé de plusieurs appartements T1 et T1 bis, accueille également de jeunes mères, avec accompagnement éducatif. En 2004, le conventionnement par le Conseil général de quatre places Mère-Enfant se concrétise, financé par un demi-poste de Conseillère en économie sociale et familiale et un temps partiel de psychologue. Ces dispositifs favorisent le développement de partenariats avec la psychiatrie, Goéland, AMIDS, Secours Catholique, Restos du Cœur, Banque Alimentaire, et renforcent ceux existants avec les CDAS, CCAS, le comité FAJ et la Mission Locale. Des appuis précieux s’affirment : Catherine Jacquemin (CG), Christophe Demilly (CAF), Christian Ferron (ML), Eric Adeline (HLM La Rance), Annick Frossard (HLM Emeraude).
Ce travail a été possible grâce à la petite équipe du Foyer Marie La Chambre et du PLJ, qui compte de 8 à 15 salariés, à la cohésion et à l’implication de tous, au premier rang desquels Chantal Guineheuc, mon adjointe, et à la contribution discrète mais essentielle du personnel de service, de veille et d’entretien.
Au fil du temps, il a permis de faire vivre et actualiser la mission de l’Association : offrir aux jeunes un lieu de vie sécurisant, favoriser leur insertion, développer leurs capacités, tisser des liens et des solidarités, s’ouvrir aux autres et s’impliquer dans la vie de la cité. L’accueil, l’écoute et l’animation sont les outils centraux de cette mission. Les animateurs et animatrices du FJT La Chambre en ont été les artisans : matchs de foot, grandes soirées festives, séjours aux sports d’hiver, repas de tous horizons, ateliers photo, cuisine, anglais, langue des signes, chant, danses bretonnes, réunionnaises, indiennes… Des années après, en partenariat avec le Service Jeunesse de la Ville (SAJ), Muriel, David, Cécile et Rémi organiseront avec les jeunes des foyers, dont ceux de Dinard et Dol, des séjours roulotte, voile, week-ends pour découvrir une capitale européenne, un voyage au Mali, et participer aux festivités du SAJ – inauguration de la gare TGV, fêtes de Carnaval, etc.
Ce travail, exigeant en réflexions, concertations et dossiers, a été rendu possible par la solidité de l’Association Ty al Levenez, son assise patrimoniale, l’implication de ses administrateurs, de son Président et des membres du Bureau, alliant rigueur et confiance dans l’action de leurs directions.
J’emprunterai à Guy La Chambre dans son discours d’inauguration du Foyer, le 19 août 1970, son propos pour saluer et encourager l’engagement, toujours renouvelé, de l’association Ty al Levenez au service des jeunes :
« Une œuvre qui veut demeurer bénéfique, requiert de nos jours, sous peine de sclérose, une perpétuelle adaptation, aux modifications de la conjoncture et à l’évolution des mœurs. C’est dire que le maintien de son efficacité implique de la part de ses dirigeants, un effort de création continue.».



